jeudi 4 juin 2009
Le faux voyage
Si je décris le voyage dans son contenu le plus positif, je dirai que c'est une errance, une recherche, une déshabitude. Qu'il va vers l'inconnu.
Je voudrai que le voyage soit une aventure, et je voudrai que la vie soit un voyage. Si je l'oppose à la bourgeoisie, je ne me trompe pas tout à fait. La plupart d'entre nous sont bourgeois ou rêve de l'être ; nous le sommes donc tous, au moins en esprit. Or la bourgeoisie ne rêve que de sécurité et de confort. Bizarrement je n'opposerai pas la sédentarité et le voyage. C'est que les kilomètres aujourd'hui ne représentent plus grand chose. Le monde entier a été organisé de manière à ce que le confort soit partout, et qu'il est possible, ou plutôt impossible d'y échapper.
Pourquoi voyage t'on aujourd'hui? Est-ce la recherche existentielle, le désir de rendre plus complexe et plus profond le monde dans lequel nous évoluons chaque jour, de reprendre ce que le quotidien nous enlève en nous mettant face à un paysage unique et simplifié ; Est ce le désir ambitieux de découvrir les multiples facettes d'un monde vaste, de se heurter aux puissances infinis que régissent notre univers ; Ou encore la volonté de redéfinir le réel, de le rendre plus présent, de le recréer en nous : d'investir le décor, et de faire le lien entre nos sensations et les objets.
Je parle ici de cette sensation frustrée ; celle où le sens simple des choses échappent. Des sens anesthésiés qui transportent le corps dans un monde quasi virtuel ; ou ce qui nous entoure n'est plus qu'informations utiles, et presque sans substance.
La redécouverte de ces sensations pleines, ne peut se faire je crois, qu'au travers d'un processus de redécouverte du réel. Or le réel s'efface principalement avec la fiction du quotidien, de l'habitude, du confort, et de la sécurité. Pourtant aujourd'hui, les gens qui rêvent de s'évader, et qui se tournent naturellement vers le voyage, ne changent à peu près rien de leurs habitudes. Ils suivent, par manque de courage, d'investissement, de possibilités, d'imagination, les propositions et les moyens connus à ce genre d'entreprise ; voyages organisés, hôtels, musées, pèlerinage touristique sans attraits réels. Munis d'une bible touristique, ils ne découvrent jamais, au mieux, ils redécouvrent. Le voyage prend une dimension sociale plutôt qu'une quête personnelle ; sous couvert de souvenirs, l'appareil photo devient la preuve des endroits qu'ils visitent, pourrai-je dire qu'ils conquièrent, et la conquête du réel et du nouveau, ne devient plus qu'un processus imaginaire, une mise en scène. Il s'agit pratiquement de valider un nombre de fausses expériences à accomplir, tout au long de sa vie, de valider des destinations, comme en atteste Facebook qui propose une carte, visible de tous bien évidemment, de toutes les villes et pays visités.
A Toulouse, je vois des touristes sans tête déambuler avec à leurs cous, tout un tas d'appareils de grandes technologies. Ils avancent le regard vers le haut, les bras croisés dans le dos. Ils errent, mais d'une errance triste. Ils pensent peu à ce qu'ils voient, et je ne saurai leur en vouloir ; ils marchent par devoir, sans autre intérêt que de justifier leur entreprise. Ils visitent la cathédrale St Sernin, et ressentent une vague émotion, prennent quelques photos pour tenter de la capturer, font mine de s'y intéresser. Au Japon, mêmes appareils, beaucoup de cinéma, et encore plus de sérieux.
Ces critiques sont faites sans rancunes ; si le voyage est ce qu'il est, c'est qu'il est difficile maintenant de faire autrement. Ou qu'on aille, tout à été déjà découvert, et tout ce qu'il y a à voir a été mis à disposition. Ainsi, en voyage, qu'on le veuille ou non, on suit un parcours, on paye pour entrer. Difficile d'y trouver l'inconnu, difficile de l'accepter, et de ne pas jouer.
samedi 7 mars 2009
Le droit de vivre?
Je lisais dans "l'homme révolte" de Camus, un passage ou il disait que ce qui poussait la révolte métaphysique de l'homme, était que l'idée de droit avait évolue chez l'occidental plus rapidement que ses droits réels. Traduction a ma sauce ; l'occidental a pris conscience de la valeur de sa propre vie sans avoir de quoi payer. Autrement dit il en connait le prix, mais nait il pauvre.
Commençons par le commencement. Ou plutôt par le mien. Démarrons par notre bonne vieille révolution française, et par l'instauration de nos trois valeurs fondamentales ; liberté, égalité, fraternité. Il est important de comprendre qu'a cette époque, le droit d'exister s'exprime par rapport aux autres hommes. C'est le droit de vivre en égal a cote de tout le monde qui est proclame et voulu. Même si la révolution est aussi la fin du règne de Dieu sur terre, et le début du règne des hommes, je choisi au risque de me plante, de considérer l'évolution uniquement d'un point de vue sociale et non métaphysique, de dire que leurs objectifs étaient uniquement de se libérer de l'oppression humaine, et non de leur condition d'homme.
Tout cela pour dire que l'idée de droit, de ce que nous gagnons a la naissance, n'a jamais ete autre que des droits a l'intérieur de nos sociétés. Il n'y a jamais eu de droit d'exister. Nous sommes la, gratuitement, par hasard, et donc sans raison. Or, je suis peut-être une exception, et j'ai peut-être mal interpréter le comportement de beaucoup de mes "frères" contemporains, mais il me semble que l'idée de droit s'est développe d'elle même jusqu'à cette affirmation (qui ne vient vraiment pas d'elle même si on y réfléchit!). Nous avons le droit d'exister. Par rapport a qui avons donc nous le droit d'exister, indépendamment des autres hommes? On voit bien que cette idée de droit d'exister est absurde ; un droit exige une référence, que nous n'avons pas dans ce cas précis.
Je prétends donc qu'il y a une confusion entre le droit d'égalité et d'exister. Il m'est arrive souvent d'entendre des gens se plaindre d'injustice dans des cas dépassant totalement le cadre de la législation ; la force ou l'intelligence de quelqu'un, ou d'aptitudes quelconques. Il y a beaucoup d'autres symptômes, plus difficile a juger, comme la comportement et les aspirations des gens. Extrême ambition, désir d'absolu, orgueil puissant, toute puissance, qui ne sont pas des sentiments nouveau mais de plus en plus rependus.
Or il me semble que ce sentiment est dangereux. En mettant a part l'idée que le droit d'exister est absurde, il en reste encore ses conséquences. Avoir le droit d'exister, c'est pour l'esprit exigeant, rechercher une justification de son existence ; un droit implique forcement des devoirs puisqu'ils s'inscrit automatiquement par rapport a un système de référence. On a un droit par rapport a quelqu'un, ou quelque chose. Or, pour les sans-dieu comme nous, il n'existe aucun autre juge que nous-mêmes. Il nous faut donc nous justifier devant les autres, et surtout, devant nous même. C'est ce besoin de justification que je nomme "prix de la vie" ; devoir que l'on s'impose soi-même, et sans condition. Un ami me disait encore, "j'ai besoin d'être fier de moi, de m'aimer, et je ne le pourrai pas tant que je n'aurai rien bâti", sentiment finalement rependu chez la plupart d'entre nous. Sentiment qui nous parait normal, noble et qui pourtant me parait être une absurdité en plus d'être une insulte a ce cadeaux miraculeux, incompréhensible et mystérieux qu'est la vie.
On peut dire aussi que considérer qu'on a le droit d'exister, c'est dire "exister c'est normal". Au risque de me contredire, si exister est un droit commun, la notion de rareté disparaissant, la valeur de la vie en prend aussi un coup. Même si ces deux idées sont paradoxales, c'est probablement une des nombreuses contradictions que nous portons en nous. Nous sureveluons notre existence en oubliant qu'elle est donnée, et en même temps nous lui ôtons sa valeur en la légiférant.
La confusion culturelle dont je voulais parler a donc été exprimer ; je fais une distinction entre deux droits d'exister : celui d'exister parmi les hommes, et un "nouveau", que je perçois, qu'on pourrait appeler, droit métaphysique d'exister. Or, il me semble que de l'un, nous somme passe naturellement a l'autre, comme une suite logique dans notre émancipation. Or ce que je souhaite dénoncer, c'est que non seulement ce droit n'est pas fonde, mais qu'il est en plus néfaste a notre façon d'aborder la vie, puisqu'il nous oblige a nous justifier.
***
J'ai tant bien que mal voulu exprimer dans ma première partie, que je perçois un sentiment de droit (que j'ai nomme droit a l'existence) qui me parait ne pas être justifie, ni justifiable, et que je trouve dangereux, parce qu'il simplifie la vie, et notre perception de la vie, en nous obligeant a la concevoir comme une ligne droite, une voie destinée a notre élévation, et a notre justification dans le monde. Je sais qu'il est peut-être un peu prématuré de penser que ce besoin de justification et de sens vient absolument de ce sentiment de droit. Pour être honnête, c'est une intuition que j'ai du mal a exprimer, mais dont je suis quasi-convaincu.
Considérons donc, s'il vous plait, que mon intuition est juste.
Ce que je prêche aujourd'hui, ça n'est finalement rien d'autre que l'humilité. La meilleure façon de vivre, non pas dans ses actes, mais dans sa manière d'aborder les choses, est probablement de toujours avoir en tête, que de tous les devenir possibles, celui qui sera sans nul doute est la mort ; qu'au final donc, nous passons sur terre et que rien ne restera d'autre de nous que la mémoire de nos proches, mémoire qui elle-même disparaitra avec le temps. Même Nietzsche et les autres seront oublies un jour, il n'a nul doute a cela. Rien de très original, cependant, vivant dans notre monde, j'ai la forte impression qu'assez peu de personnes voient les choses sous cet angle. D'aucuns préfèrent ne pas y penser, ce qui est inévitable viendra tôt ou tard, donc ne nous en préoccupons pas. C'est dommage! Parce qu'il me semble que c'est une des conditions de notre existence, et que l'oublier, c'est oublie ce qu'on est.
Mais je m'egarre. Ah non, pas tant que ça. J'allais lier le besoin d'être justifier au devenir. Et le devenir aux jeunes. Jeunes qui ne vivent la plupart du temps, qu'en pensant a ce qu'ils deviendront plus tard, et qui se transposent plus dans leur avenir incertain (certain en vérité^^) que sur les moments qu'ils vivent.
Dans l'idéal, je voudrai vivre ma vie comme celle de Benjamin, dans "The curious case of Benjamin Button", un type qui nait vieux et qui meurt jeune. Je sais c'est bizarre, mais plus important, parce qu'au début on ne le sait pas, c'est la manière très humble et naïve dont il appréhende l'existence. Comme il est suppose mourir a tout instant, il voit le monde comme immense, pluriel, inaccessible, mystérieux. Il n'est destine a rien, parce qu'il n'a pas d'avenir. Il vit au jour le jour. Tout est enchante, parce que chaque fois qu'il devient quelque chose, il ne se pose pas la question de savoir si ce qu'il est est en accord avec son immense ego, puisqu'il n'en a pas. Il est humble, devant le monde, parce que le monde est infini et pas lui : il est a sa place.
Je n'ai rien ceci dit contre l'ambition (ni contre ceux qui ne sont pas d'accord^^), parce que l'humilité a laquelle je pense, est métaphysique ; elle ne concerne que ce sentiment de droit d'exister, et non celui du droit d'exister parmi les hommes.
Et non je me suis pas mystique!
Je sais aussi que beaucoup de gens, vivent en se disant, il faut qu'au moment ou je meurs, j'ai le sentiment d'avoir bien vécu, que je ne regrette rien. J'en connais qui peut-être, ne vivent que pour ce moment la.
jeudi 1 janvier 2009
La chambre
Il faut imaginer une pièce d’un blanc immaculé. L’espace est si clair qu’on n’y distingue aucune limite. Il n’est pas dit qu’il y en ait : c’est peut-être infini ici, pourtant parfois, en marchant on se cogne contre une surface lisse qu’on ne perçoit qu’au toucher. Difficile de dire pour autant que ces murs sont toujours présents ; je crois qu’il m’est arrivé de marcher longtemps sans ne rien heurter. J’ai pu tourné en rond.
J’ai toujours vécu ici, pour autant que je m’en souvienne. Avec deux autres. Je dis qu’ils sont autres et pourtant parfois j’en doute. C’est difficile à dire encore une fois, parce qu’il y a peu de choses pour en juger ; à première vu ils sont bien deux entités différentes, avec des comportements qui leurs son propre, mais ici, dans ce blanc pur et soumis aux mêmes lois, je crois que nous partageons tellement de sentiments que nos gestes nous différencient à peine.
Nous ne parlons plus depuis longtemps. Est-ce que nous avons déjà parlé ? Sans doute au début ; quant encore on essayait de comprendre. Je pense qu’avant toute action d’envergure, j’entends d’action de vie, il y a une phase d’intellectualisation que suit la résignation. Quant il n’y a plus rien à comprendre, il faut bien admettre. Les grandes questions sur ce que nous pouvions être et concernant les raisons de notre existence ont été laissées de côté en même temps que nos dialogues. A quoi bon parler quand tout a été dit.
Si j’arrive encore aujourd’hui à nous différencier, c’est qu’a cet instant Bleu et Long, se sont mit à agir. Moi je n’ai plus jamais rien fait. Je me suis assis et j’ai commencé à rêver devant un hublot d’où sortaient quelques sons étranges. Ca n’est pas que leur entreprise me soit incompréhensible ; peut-être même que je les admire. Je suis un peu mesquin, et donner mon énergie gratuitement me coûte un peu. Bleu est plus généreux. Je le vois souvent taper sur quelque chose ; ce doit être le mur. Je l’entends crier et rager, courir, heurter sa limite et s’écrouler. Il reste parfois allongé longtemps, mais finit toujours par se relever pour recommencer. Je ne crois pas vraiment qu’il espère quoi que ce soit ; il fait ça pour s’occuper. Long est de l’autre côté. Il dessine. Je ne sais pas bien quoi. Il utilise ses doigts et sa salive, et s’applique à maquiller sa limite.
Je ne sais pas bien si Long, Bleu et moi ne sommes pas qu’un.
jeudi 18 décembre 2008
trompé
Il fait nuit. Je marche sur les trottoirs humides et la bruine me fait du bien. J’entre dans un café avec un espoir fragile que je ne discerne pas. La musique est forte et l’atmosphère chaude et liquide. Pour le moment je suis seul, les gens autours s’agitent dans un autre espace temps et je me fais l’effet d’un chevalier sombre errant dans les coulisses du réel avec gravé sur son air le sceau de celui qui voit ; mais qui ne peut pas être vu. C’est que je n’ai pas mis mon masque et que je n’ai pas de visage. Les hommes n’en n’ont pas. Je me dirige vers le comptoir et commande un whisky en matant la serveuse. Elle sait que je suis là et me sert mais son regard me traverse et me dénie ; je n’existe pas. Pas encore. Le liquide me réchauffe et je commence à me fondre dans le décor. Les altérations de l’espace temps se font moindre et je sors de ma poche un gros bout de peau que je colle sur ma tronche. C’est ma gueule des bons jours. Je viens d’apparaître et je lui jette un regard insolent ; elle me sourit et cette victoire soudaine me surprend. Il faut que j’aille aux chiottes m’enfiler quelques rails de coke. Je me fais deux grosses traces que je sniffe coup sur coup. Avec toute cette poudre dans le nez, mon masque tiendra 3 bonnes heures. Je le sens bien accroché et je retourne vers ma proie. Maintenant je me sens implanté ; le décor à toutes les apparences du vrai et je reconnais des gens avec qui j’échange des banalités. Ce qui est dit n’est pas important et je me concentre sur l’énergie que je dégage. Les femmes sont belles ici ; J’aborde une blonde aux longues jambes et ses yeux bleus de fausse innocente m’émeuvent. Je discute un moment avec elle et la met à l’aise. Elle ne flaire rien du gouffre qui nous sépare et elle me prend comme un élément solide du décor. J’ai besoin d’aimer. Mon cœur saignant boulimique est affamé. Je danse avec elle et mes mains glissent sur son corps. Elle porte une robe simple en coton noire qui met en valeur la blancheur de sa peau et découvre ses jambes. J’ai envie de la baiser, et elle sent ma bite contre son ventre. Je la regarde en souriant et une étincelle animale transparaît sur mon masque. Je prend sa main et l’entraîne dans les toilettes et elle ne résiste pas. Avec l’excitation ma colère et ma tristesse ressurgissent et me rendent puissant. Elle est à moi, et dans les chiottes je l’aime passionnément. Pendant qu’on baise, je m’oublie un moment et nous ne sommes plus que deux corps unis à nouveau hors du temps. Mais je ne suis plus seul et le décor absurde de tout à l’heure n’est plus qu’un ronron heureux. Je jouis en elle et mon désir lui appartient. Elle me jette un regard doux et un léger sourire se dessine sur ses lèvres. Elle me caresse le visage je crois pour me remercier de mon cadeau.
Dehors l’air est froid et la sueur à du mal à sécher. Je frissonne et je repense à cette fille. J’étais venu dans ce bar avec une tristesse profonde et j’en ressors lavé. Je sais que mon ego taillé ne guérira pas, mais la blessure ne m’intéresse plus. Ma colère est tombée et je m’aperçois même que je souris.
jeudi 15 mai 2008
Don't take life too seriously, because you are not gonna survive it
La difference entre eux et moi, c'est qu'il joue et moi non. Le point commun, c'est qu'ils sont serieux et moi aussi. Voila bien le probleme, je suis serieux, infiniement trop il faut bien l'admettre. Je vois les choses comme ca, un jeu avec des regles, un univers ou tout est permi, dans ses limites. Et moi je suis un penseur. Je frequente les limites et j'essaie de les comprendre, me convaincant meme qu'elles n'existent pas. Ce qu'il y a d'horrible c'est qu'il n'y a rien a part le jeu. Je suis un joueur tres serieux qui joue qu'il ne joue pas. Je voudrais rire, rire et m'en foutre a jamais, de ces grotesques. Mais j'ai peur que ce rire ne me glace le coeur. Que je ne devienne un monstre inhumain et au final deja mort. Je me disais, hors du jeu, il n'y a rien, alors joue, epouse les regles et devient en un maitre. Mais c'est deja un renoncement. Pas de liberte sans le jeu, alors la liberte dans le jeu. Puisqu'il faut jouer, alors jouons. Seulement je pensais que de jouer ca n'etait pas vivre. Je les voyais ces pantins et je me disais, meprisant, mais qu'ils sont tristes, deja mort, ils n'existent meme pas tellement qu'ils sont vains. Parce que moi j'existe peut-etre? Je peux me gorger de mes merites, me flatter d'etre un detenteur de verites.. La verite c'est que d'une prison je suis entre dans une plus exigue encore. Conscient.. D'etre seul. Alors je les mets en cause. C'est de leur fautes, a ces aveugles, c'est qu'ils devraient voir, et alors le monde serait meilleur et moi aussi. Je n'y serai plus seul dans ma prison. Et personne ne serait plus seul, car on saurait. Plus de vis prive, parce que la vie prive n'existe pas. Illusion. Du jeu encore, un mensonge destine a rendre la realite plus supportable ; on n'est unique en rien, et on partage tout. Les sentiments et les pensees.. Du flan. On pouvait rever, du temps ou on etait peu. Ou il restait encore a decouvrir. On revait avant la science, la psychologie, quand le monde, ou plutot l'homme etait encore un mystere. Maintenant le mystere il en reste, dans le sens mystere sans espoir. Le genre on est la sans raison. Dans un monde fini dans un univers infini et inconcevable. Il ne reste que des enigmes insolubles qui brisent l'esprit avec une deroutante facilite. Il ne reste plus que le jeu. Du jeu parce que dans ces conditions, qu'est ce qu'on pourrait bien entamer de serieux. Il faut aller quelque part ou n'aller nulle part. Vu qu'individuellement, on est a peu pres sur qu'on va crever, il faut croire en l'homme ou il ne faut croire en rien. Moi j'y crois plus, et je dois dire aussi que je suis presse. J'ai envie de vivre voyez vous. Mais je sais pas comment on fait. Pour vivre sans n'aller nulle part. Juste comme ca, pour le plaisir de gesticuler, de s'agiter. Le mieux c'est de ne pas penser, et pour ne pas penser il faut la routine ou la necessite. L'endormissement ou l'asservissement a des pulsions animales. Est ce que je suis plus humain parce que je pleure devant cette bassesse? Est ce que j'en suis plus noble? Ou tres idiot de me laisser a lire mon coeur, et de sentir en tout mon etre une rage infinie qui ne sait vers qui se tourner. Pardonnez moi, je suis un Homme et ceci est mon histoire, tragique et pathetique, teintee d'un deraisonnable espoir. Je sais tout et des grands je n'apprends que du detail. L'essentiel est la et distraitement je pense a Camus et a ses solutions, pleine de noblesse qui a decider face a ce dechirement qu'il serait un prince revolte et absurde. Il a dit qu'il lutterait pour le plaisir et qu'il jouerait tout en sachant que c'est idiot. Mais comment faisait-il face a cette solitude? Peut etre est ce l'Australie. La langue, tout ca. Alex tu me manques mon frere et ton silence m'attriste. Par moment je dis que la vie est epaisse. C'est que je suis heureux. Car je me sens vivant et que soudain mon devenir prend forme. Mon avenir d'homme dans ce monde tragique et fourmillier. Des centaines d'opportunites s'ouvrent a moi, et ca n'est que pour mon plaisir. Je m'imagine alors dans cet univers colores et j'y tiens divers roles. Le grand jeu devient un principe abstrait et je n'y pense plus guere. Ma vie s'enrichie, et de reves et d'emotions, et je me rend bien compte que c'est bon de n'etre pas si serieux. Qu'il faut un peu d'innocence pour que la vie prenne du coffre. L'innocence pour les couleurs et le mystere, l'humilite pour accepter de n'etre que ce qu'on est, et d'en etre bien content. Ou mieux encore de ne pas y penser. Moi et mon incommensurable ambition. Mon desir souverain d'exister. C'est que j'aurai donne ma vie pour l'immortalite! Et pourtant l'immortalite n'a pas d'odeur. Elle est blanche et bien propre. Elle est loin perchee au milieu des etoiles et brille de sa perfection. Alors que j'aime le vieux et les odeurs. J'aime.. j'aimais les hommes, en tout cas. C'est dur de ne pas tomber dans les travers de l'habitude et du pressentiment. De ne pas soudain retomber dans l'absurde, et de voir les objets perdre de leur substance, de ne devenir que des idees. C'est que j'ai ce citron sous les yeux et je n'arrive pas a voir un vrai citron. Celui la me parait insipide. Il joue au citron. Quand je vois la vie epaisse personne ne joue. Personne n'est serieux non plus. Ils sont juste comme ca. C'est leur nature. Comme j'envie ceux qui n'ont pas l'imagination des principes. Comme j'envie les vivants. Car decidement, exister, ca n'est pas cette errance aux confins des limites du jeu ; exister c'est un parti pris. Devenir objet, substance, pour peser parmis les objets.Non, decidement, non. On n'existe pas le coeur glace.
jeudi 20 mars 2008
Cacapitalisme
Quand j'y pense, j'ai de la peine. C'est comme si nous étions les arbres d'une foret tropicale, et qu'il fallait se battre pour la lumière. La lumière pour les arbres, c'est la vie ; mais pour nous, qu'est ce que c'est?
Apparemment ça n'est ni l'eau ni la nourriture, ça n'est pas non plus un toit et de quoi se protéger des éléments hostiles, ni le confort élémentaire de l'homme moderne c'est à dire une télévision, un lave linge et un aspirateur. Parce qu'il faudrait une crise économique majeure pour que ces basiques disparaissent.
Ca n’est pas vraiment habile de ma part de démarrer par cet exemple. C’est qu’au départ, j’insinue que dans cette lutte à la lumière, les ressortissants de chaque pays sont responsables des valeurs et des buts qu’on choisit leurs sociétés. Or il est évident que ça n’est pas le cas. Si aujourd’hui nous sommes dans l’ère de la démocratie et du vote, notre part de décision est restreinte à des propositions. Ces propositions naissent, et sont crées pour répondre, paraît-il, a des impératifs (qui tournent autour de la guerre économique), et à une amélioration de notre quotidien. Ce qui est étonnant ou plutôt ce qui m’étonne, c’est que les gens puissent accepter de se voir restreindre leurs libertés à du pré-mâché, et puissent se laisser berner par l’air grave de nos politiciens.
Je sais bien que juger n’est pas facile, car il s’agit de choisir et d’émettre un jugement de valeur en même temps. Or comment choisir, si nous ne pouvons pas sortir de notre propre représentation du monde. Pour juger, il faut au moins pouvoir comparer. Cette impossibilité de sortir de cette simplification de l’existence vient de plusieurs phénomènes, dont je ne ferai pas de liste exhaustive maintenant. C’est qu’ici mon but n’est pas de critiquer les individus, mais la responsabilité des pouvoirs, et humaines en tant qu’espèce.
Le principal responsable peut-être, est la télévision, qui est mon dieu, parce qu’à toute heure c’est le son rassurant du ronron du monde, le bruit de la fourmilière et je sais que c’est une vérité ; que je sois la ou non, il ne s’arrêtera pas. C’est ainsi que je rythme ma vie, et que se forme l’image que j’ai du monde. Un univers qui s’arrête confortablement aux frontières humaines, et qui oublie les nombreux mystères que propose l’existence, donnant à l’avance des valeurs et exemples type, qui répondent aux questionnements humains. Evidemment, seule n’est pas en cause la télévision. Les choix éducatifs, et l’ensemble des autres médias s’ajoute à ce qu’on pourrait appeler propagande.
Si propagande il y a, c’est que derrière se cache un but et donc des valeurs (ou l’absence de valeur, ce qui dans un sens est la même chose, puisque c’est la volonté de puissance et donc de dominer qui surgit du nihilisme. Or si la domination ne peut pas être une valeur, elle peut être au moins une règle, et donc un but.). Le fait est qu’il est difficile de savoir si à l’intérieur de notre système capitaliste, se cache un but autre que l’expansion économique et de l’éternel jeu de dominé/dominant très divertissant je l’admets mais parfaitement idiot, puisque non seulement il suscite une incroyable quantité d’énergie, mais parce qu’il ne mène nulle part. Il semble à ce sujet décevant de penser, que la propagande en question n’ait pas d’objectifs grandioses, mais l’idée simple de régir le monde de façon à faire le plus de profit possible. Argent étant synonyme de pouvoir, il s’agit donc de régner. Je pense à Aldous Huxley ou à George Orwell et à leurs romans d’anticipations et je dois admettre que leurs scénarios restent incroyablement pertinents aujourd’hui.
Quelle est le réel but de ce message ? Simplement de dénoncer un système qui ne nous laisse que le choix d’une vie individuelle. Individuelle puisque sans sens. Il n’y aura jamais de vraie solidarité tant que nous serons dans une optique de plaisir personnel. Et je ne vois pas comment combattre l’individualisme dans notre situation actuelle. Il s’agirait de demander aux gens de croire en des valeurs qui ne reposent sur rien. Des coquilles creuses. Nous voilà face au monde absurde dont parle Camus, et aux solutions de notre époque. L’abandon de tout espoir d’immortalité et donc d’espoir (Dieu est mort). Pourquoi alors penser plus haut que son propre plaisir ? Pourquoi aller au-delà de sa propre vie ? Je ne le sais pas moi-même, je ne peux que constater la décadence et les paradoxes dans lesquelles nous sommes tombés.
mardi 11 mars 2008
24 heures a Bundaberg
Il est Jeudi 21 fevrier et je vais me coucher. J'ai trop mange et je sais qu'il va etre difficile de dormir. Il me reste pourtant 6 heures de sommeil. A 3h55am, les trois allemands se leveront pour partir travailler et me reveilleront. 20 minutes plus tard mon reveil sonnera.
Je dors mal. Je sue, je bouge sans arret pour trouver un coin sec. Mon lit est trop petit. J'ai soif, je me leve et bois d'un trait les deux litres que j'ai du perdre dans les draps. J'ouvre la porte pour fumer une cigarette et une brise chaude me leche le visage. La nuit est belle et silencieuse. J'allume ma clope et je me decontracte en regardant la lune, ronde et lumineuse. Je suis en paix pendant quelques minutes, mais il faut retourner se coucher. Mon lit est trempe, je sais que je ne dormirai pas.
5h15, le bus demarre. Je me suis cache sous ma casquette, le casque sur les oreilles et j'ecoute pour la énième fois High Hopes des Pink Floyd. Le ciel comme toujours est impressionnant. Des convois de petits nuages, et des mastodontes immenses aux formes etranges. Un air de fin du monde, ou de renaissance. Le soleil se leve et l'ensemble est indescriptible. Noir, gris, blanc et puis bleu et orange. Le chauffeur est dingue, il fonce comme d'habitude et aucun de nous n'est attache. Je m'en fous, je regarde le paysage defile, et encore une fois je ressens cette agreable sensation d'etre bien loin de chez moi. La terre rouge et les arbres fous entourent la route ; des champs sur ma droite, a perte de vue, a gauche une jungle semi-tropicale ou se cachent quelques kangourous. La route est pourrie, moitie piste et moitie terre, je jette un œil sur le compteur ; 120 km/h. Ah ouais quand meme. 3/4 d'heures plus tard, je suis completement paumé. Je me demande comment il peut savoir ou il va ; et pourtant on finit par arriver. On s'engage dans un petit chemin que longe un champ immense. Il a beaucoup plut ces derniers jours, et la terre qui semble seche, n'est qu'une grosse eponge. Elle cede sous nos roues et on s'embourbe. Tout le monde descend et il faut pousser, creuser et poser des planches. 20 minutes plus tard je prends place sur la remorque du tracteur, pres a depenser 9 heures de mon temps a planter des citrouilles. Journee facile aujourd'hui, premiere fois en deux mois que je travaille assis.
16h00, on est couche sur la route, a l'ombre d'un grand arbre. On joue au juste a l'heure, un jeu debile ou il faut deviner l'heure ou le bus arrivera. Je gagne cette fois, le bus arrive 7 minutes avant ma prevision ; 16h41. Je m'endors, on fait des detours pour aller chercher d'autres backpackers travaillant dans une autre ferme, on roule, on arrive, il est 18 heures.
Je suis creve et affame ; je me fais mon plat prefere, noodles et œufs avec une tonne de fromage. Et je m'affale sur un vieux divan defonce, le ventre plein et matte un film en anglais et suis content de comprendre sans sous titre. Je suis fatigue. J'attend juste que le nouveau planning de boulot soit affiche et puis je vais au lit. Il va faire chaud demain, et ils vont probablement nous faire bosser tres tot. Ah, non, apres avoir jeter un œil sur la feuille, j'apprend que je ne bosse pas du tout, et ca me fait chier, et en meme temps j'entends une petite voix bien profondement enfouie qui murmure "yekyekyek". Du coup, et malgre ma fatigue j'accompagne deux copains pour aller boire une biere au pub local. C'est glauque mais c'est divertissant.
Ce soir justement, c'est soiree karaoke, c'est marque sur le panneau. J'apprends en meme temps que c'est carnaval, en croisant une flic gothique, un indien obese, un homo pd et d'autres aux deguisements indefini. Apres deux bieres, avec la fatigue, je suis deja affecte par l'alcool, et je regarde ces gens avec une acuite particuliere. Bundaberg est une ville de pauvres fermiers incultes et grossiers, qui ressemble en tout point aux petites villes perdues des Etats-Unis. On les sent depasser ces pauvres gens, vivant a fond le pathetique de leur vie inutile. Habituellement, confronte a ce genre de situation, je reagis par le mepris ou par la compassion. Ce soir je m'apitoie ; je suis eux. Je vois ce gros bonhomme en chemise blanche, les cheveux rase pour cache sa calvitie, qui danse, une canette a la main, qu'il engloutie pour effacer les doutes, pour se gorger de se sentiment puissant qu'il ressent mais qu'il sent gras, et je le vois sourire et s'effacer, d'un geste un peu trop prononcer pour etre reellement sincere, devant une fille, et je sais que dans 1 heure il sera agressif. Il y a cette grosse, presque desirable, a moitie couche sur la table, son verre a moitie plein a sa gauche ; elle s'est deguise en presque-princesse et elle me touche avec son air de jeune fille brisee. J'imagine son espoir minable, lorsqu'elle s'est habillee, et sa tristesse m'engloutie. Ils sont tous laids ; physique ridicule, gauche et sans talent, surtout cette petasse, la plus belle, qui hurle dans le micro et qui me casse les oreilles. Elle a un truc en plus, elle sait ; et elle existe sur leur peine. Ils sont laids, tous, mais ils sont beaux aussi, et je souris parce que tout ce qu'ils ressentent, et leur miserable cirque, me renvoie a moi. Ce sont mes freres. Un petit billard avec un aborigène ventru, une longue discussion avec mon pote chilien, quelques bieres et il est deja 1 heure. Je suis epuise. Je rentre et m'endors instantanement.
samedi 2 février 2008
JproUik
L'Australie est un pays magnifique, immense, avec des paysages qui renversent. La faune est incontestablement incroyable, par sa diversite et l'etrangete des especes qui s'y trouvent. Koalas, kangourous, paresseux, dingos, oppossum, et puis des centaines d'autres creatures qu'on ne connait pas en Europe et qui laissent reveur sur l'etrangete de notre monde - je parle de centaines, mais c'est oublier les insectes. En se trainant en Australie, c'est un spectacle varie(r) et pourtant toujours aussi transcendant qui s'offre a nous : montagne et crevasse rouge et aride en plein desert, riviere sinueuse traversant une jungle humide et vivante, rochers dechires par le puissant ocean, plage blanche aux confins d'une petite crique a l'eau turquoise et transparente et tant d'autres choses qu'il n'est pas si facile de decrire, puisque soudainement, tout cette realite devient autre chose qu'un decor dont nous serions les acteurs. On est tente de faire partie du tout, d'un retour aux sources pour ainsi dire, ou la nature avait encore toute sa profondeur et ainsi le monde.
Evidement, l'Australie n'est pas que nature, et il y aussi les hommes et les villes ; et de ce cote c'est plutot decevant, puisque la culture Australienne n'est rien d'autre qu'une pure copie de ce qu'on connait aux Etats-Unis (et dans la majeur partie des pays anglosaxons). C'est donc a ce niveau un pays sans nouveaute, si ce n'est qu'il est sauve par son incroyable pouvoir d'attraction qui le peuple continuellement de jeunes en quete d'aventures et de nouveautes, qui se regroupent dans des auberges de jeunesses. Un lieu de rencontre et de jolies histoires donc, mais en autarcie, avec peu de contact avec la population australienne, si ce n'est dans des activites ou creer des liens est difficile ; bars surbondees, discotheques et autres endroits ou les relations restent superficiels.
Je suis donc a la fois renverse et decu, emu devant cette nature encore sauvage dont on peut toujours sentir l'ame epaisse, emotion pourtant fugitive car je regarde le coeur de la foret et puis derriere moi, en beton et en fer, un sentier pour pelerins fanatiques qui me ramene au musee, contemplant seulement cette image plate maintenant, d'une nature mise en cage.
Je lisais une fois, dans un lieu de culture a Brisbane, quelques documents sur l'environement, ou les chiffres etaient plus qu'effrayant, et quelques conseils sur des attitudes a prendre pour preserver notre flore. Ce qui etait inquietant, c'est les raisons qu'ils donnaient pour tenter de convaincre le public ; la nature, c'est le tourisme, sans tourisme, notre economie s'en va a mal. Donc preserver la nature, si vous voulez un travail.
C'est quelque chose qui est si inanodin, j'entends, si plein de consequences, revelateur des directions que choisissent pour nous les puissances etatiques que j'en frissonne ; je jette alors un regarde suspicieux a ces hommes en cravates, dont j'ai l'impression qu'ils voudraient un monde en 2D.
Malgre tout, il est possible de sortir des sentiers battues. La majeur partie de la population couvre la cote Est, et ainsi les attractions touristiques qui drainent l'immense majorite des voyageurs qui malheureusement, tres souvent par manque de budjet ou d'idees, n'ont pas d'autres choix que de se rabattre sur le premache : les agences et les "packs vacances".
Beaucoup moins populaire, la cote Ouest est pourtant pleine de promesses. C'est un autre visage de l'Australie, avec une infinite de choses a decouvrir, avec probablement une dimension autre, sur le plan humain. Sur ce sujet, je ne serai trop m'etendre toutefois, puisque je n'y ai pas encore mis les pieds.
Voila, une peinture un peu incomplete de ce cher beau pays, mais comme dirait mon grand oncle, un peu de couleur pour prendre la temperateure.
Aller bye.
dimanche 20 janvier 2008
Boune da berk !
On est Lundi 21 janvier 2008 et il est 4h48.
Je suis toujours a Bundaberg et c’est la fin de mon sejour ici, non pas que je sois assez riche pour m’autoriser un voyage puisque je viens de craquer et de m’acheter un ipod et un super casque (la musique ca change une vie), mais parce que c’est une periode charniere et depuis 1 semaine deja le travail se fait rare. Il faudra attendre le mois de Mars pour qu’ici on puisse a nouveau s’enrichir.
En meme temps Bundaberg est un petit bled peaume au milieu de champs et de paysans ou on peut dire sans trop exagerer qu’on se fait rapidement chier ; on y trouve un bar ou deux, une boite moisie, quelques cybercafes prehistoriques, le supermache et puis enfin le mac do. Voila pour les activites culturelles. Pour le reste, il y a notre auberge, ou l’essentiel de la population est asiatique et ou l’on passe le plus clair de son temps, et heureusement il y a une salle tele avec pas mal de films a disposition, c’est toujours un moyen d’ameliorer son anglais.
Depuis 1 semaine donc, je n’ai bosse que deux jours, et je dois me confesser, je me fais chier a mourir ; plus rien a lire, meme pas le derriere de mon paquet de corn flakes que je connais par coeur. Les gens ici sont tres gentils, mais les correns ne parlent pas anglais et puis les autres sont un peu trop naturel, c’est a dire que leur rire brutal surprend a faire peur la premiere fois, et que les blagues pipi caca c’est rigolo mais voila. En gros j’ai parfois la sensation d’etre un genie, en 6 semaines dans cet enfer on a le temps d’oublier le reste du monde (serieux parfois j’ai des doutes, vous existez vraiment?), et c’est agreable mais d’etre un genie tout seul ca sert a rien.
Donc voila, je me suis assez teste comme ca, et je me barre. Je me suis donc leve ce matin avec l’idee de partir vers Cairns, petite ville encore plus au nord. Le soucis, c’est qu’apres un petit detour sur le net pour me renseigner sur la meteo m’a fais dechanter : pluie et orage pour les deux semaines qui viennent ; et oui, c’est la saison des pluies la haut. J’irai patauger avec les crocodiles plus tards. Je pars donc pour le Sud, Brisbane a priori, peut etre Melbourne, peut etre les trois, je verrai ca demain.
J’hesite a m’acheter un apppareil photo, j’ai bien envie de jouer au reporter, mais c’est qu’il me faudrait un portable aussi pour rediger et stocker le tout, et tout cet investissement c’est une croix sur quelques jolies aventures. Je commence a me rendre compte que mon sejour ici risque d’etre un peu trop bref vu le temps que ca prend d’economiser 1500$, et la vitesse ou ca se depense. Il y a donc des choix a faire, j’y pense et ca se decidera probablement sur les evenements qui se passeront plus tard, don’t je n’ai pas vraiment le controle puisque j’improvise constamment.
Je vous tiens au courant,
Bisous
ps : je ne m'excuse plus pour vous savez quoi
vendredi 21 décembre 2007
Ahhhh.. L'Australie!!
Je suis l'homme absurde qui travaille dans les champs australiens. Ecrase par la chaleur, tout au long du jour je repete le meme geste ; qu'aucune passion ne transporte, desinvesti par l'ame. |
Si Stavroguine croit, il ne croit pas qu'il croie. S'il ne croit pas, il ne croit pas qu'il ne croie pas.
Si je n'ai pas poste pendant un bon moment, c'est tout simplement que depuis ma derniere visite je n'ai pas eu d'acces internet.
Le lundi 2 decembre au soir, j'ai donc enfin quitte Sydney pour un periple d'une petite semaine sur la cote est, en direction de Byron Bay. La premiere nuit, on est pas alle bien loin. 200 kilometres peut-etre avant de s'arreter aux environs de Newcastle. Puis on a quitte la route principale pour aller un peu dans l'outback ; voir si pouvait appercevoir quelques kangourous ou creatures etranges. Toute la journee, on a roule, un peu au hasard, choisissant des routes selons leurs attraits et l'humeur du moment. L'Australie il faut le dire a le merite d'avoir un paysage qui fascine. Tout parait infini ; les arbres immensent, la foret qui borde la route et la plonge dans l'ombre ; le ciel mysterieux, qui ne semble pas avoir de fin, ce que je ne m'explique toujours pas puisqu'enfin on a le meme en France ; les horizons, elles aussi repoussees jusqu'a ce que nos regards s'y perdent. Est ce le delire de nos imaginations? Je prefere me dire qu'ici tout est plus grand, et que l'homme prend ici a juste titre la mesure de ce qu'il est ; vertige, reminiscence d'un passe ou le monde n'etait pas encore a l'image de l'homme ; ou la nature s'appartenait encore. Le temps des mythes et puis des dieux.
Notre journee dans l'outback s'est terminee sur la cote est, pas tres loin d'une petite ville nommee Kempsey. Retour parmi les touristes ; ondes negatives qui nous ont fait vite fuir. On a tourne pendant un moment sur les routes d'une foret, sans oser trop s'aventurer dans les petits chemins dont on ne savait si on pourrait en sortir, pour finalement decourager, s'arreter au milieu d'un essaim d'insectes, un million de bestioles ressemblant plus ou moins a des libellules ; grosses et bruyantes. On essayait de manger au milieu de ce boucan quand de nulle part, une locale et une brouette sont arrives avec un grand sourir, pour nous conseiller un endroit magique dit-elle, et pas tres loin. On s'est donc engage dans la foret, sur un chemin chaotique, mais sur d'arriver quelque part.
Apres quelques dizaines de minutes, c'est une petite clairiere au milieu de la jungle qui nous a decide. On a plante la tente, prepare le campement puis on est parti a l'aventure avant que le soleil ne se couche. Je dois dire la verite, on etait surexcite et legerement inquiet. Des bruits etranges raisonnaient autour de nous, et l'idee de se retrouver nez a nez avec une grosse araignee ou un serpent visqueux ne nous etait pas completement etrangere. Au bout d'un petit quart d'heure de marche, oh surprise, c'est l'ocean qui se fit entendre.
S'il n'etait pas vraiment facile d'acceder a la plage - surtout que con de citadins, on etait en claquette -, je crois qu'on peut dire que l'effort fut recompense. Elle etait immense, blanche et sauvage. Entouree d'une jungle verdoyante et vivante. Le sable n'avait pas du etre foule depuis longtemps parce qu'il etait n'y avait pas d'autres traces que celles des crabes et de quelques kangourous qui avaient du festoyer la nuit precedente. Un petit paradis comme on en voit souvent a la tele. Dommage d'ailleurs, ca nous aura probablement gache un peu de notre plaisir.
On est vite alle chercher nos surfs et puis de quoi s'abreuver, et on a passe la soiree a poil (jusqu'a ce qu'on soit envahi par les moustiques) a se baigner et puis finalement a discuter de choses profondes. Dans se genre d'endroit, c'est difficile de parler pour ne rien dire.
Le lendemain, j'etais reveille en premier et je me suis dis qu'une petite marche ne me ferait pas de mal parce que j'avais un peu mal au crane. J'avais trouve un sentier acceuillant et je m'y promenais tranquillement, quant a un detour du sentier je me retrouvais face a face avec un gros et grand kangourou. Debout, les oreilles dresses, a 5 metres de moi peut-etre. Incroyable! Je restais immobile, ne sachant a vrai dire absolument pas si cette creature pouvait ou non m'attaquer ; ce qu'il ne fit pas, meme quand j'essayai de l'approcher en sautant pour lui faire croire qu'on etait de la meme espece. Perspicace le kangourou, il a dessuite compris que j'essayai de le feinter et il s'est barre dans les fourres.
Dans l'apres-midi, on est reparti bien decide cette fois a atteindre notre destination finale : Byron Bay. Ce qu'on ne fit pas. C'est que sur le trajet, il y avait cette autre plage. Pas vraiment sauvage, mais avec des vagues immenses, 2-3 metres, ce qui est enorme. Moi, le noob de bondi beach avec mes vagues de 1 metre a tout casse, j'ai compris ma douleur, et ma frayeur. Quand tu es couche sur ta planche, une vague de 3 metres ca donne un peu l'impression qu'un immeuble va te tomber sur le crane. On se sent vraiment minuscule. Surtout que je suis tombe pas mal de fois. Et quand ca arrive, tu bois, et tu pries de ne pas te manger la planche dans la tete.
Apres 2 heures de surf on etait epuise. on a dormi sur le parking pour enfin, arriver a Byron Bay. Que dire de cette petite ville. Rien, vous connaissez ; station balneaire pour touristes qui n'a d'autres attraits que son paysage exotique. Magasins, claquettes et anglosaxones grasses et vaines ; bars, boites, ou les gens desoeuvres se rendent, guides par l'espoir d'une possible relation sexuelle. Et meme pas possible dans cette cite decadante de gouter aux plaisirs de la decheance ; tout ferme a deux heures, tout est sous controle ; a gerber ce petit paradis artificiel pour presque-humain.
Je n'ai donc pas fait long feu. Mes deux comperes se sont installes dans un camping, moi dans un backpaker et entoure de tous ces gens, je me sentais bien seul. La n'etait pas mon seul soucis ; avec le voyage j'etais a sec. Je dois dire que ma situation financiere devenait plus que critique, c'est a dire qu'il me restait 150$ ou 100euros.
J'ai passe quelques coups de fils, et je me suis trouve un bus pour l'endroit ou je suis maintenant ; Bundaberg. Une ville encore plus au nord, entouree d'exploitations agricoles.
***
Apres avoir paye le billet de bus et atteri dans un backpaker pourri, il ne me restait plus que 5$ et toujours pas de boulot en vue. Je commencais a me dire que j'allais finir par dessecher dans un fosse sur le bord de la route, quand on m'apprit qu'il y avait un super backpaker ou on pouvait bosser 7 jours sur 7 aux abords de la ville. J'y allais a pied avec mon gros sac et tout l'espoir du monde, et cette fois la chance fut avec moi. Apres une discussion animee avec le gerant - pas facile a attendrir les locaux :D - , j'avais un toit et un boulot le lendemain. Manquait plus qu'un peu de manger et j'aurai ete content. Pendant les 11 jours ou j'ai bosse sans repos, je me suis nourri de noodles et d'eau tiede, et puis de quelques trucs que je chippais a mes voisins de temps en temps ; qu'est ce que vous voulez, les temps sont durs ^_^
Apres ces 11 jours qui me parurent plus long qu'une vie, me voila a nouveau sur les rails. Le patron qui voulait etre paye m'a file des bons boulots -les plus durs- et j'ai deja gagne ce que j'avais quand je suis arrive ici. Moins les 2 semaines que je devais et celle qui vient - 450$. L'enfer pour moi n'est pas fini, je pense rester dans ce backpacker - qu'ici on surnomme "le goulag", et pas simplement parce qu'ici il n'y a que des coreens, mais parce que tous les jours on en bave, qu'on souffre et qu'on a legerement l'impression d'etre des pompes a frics - jusqu'en fevrier, ou en tout cas lorsque j'aurai au moins 3 ou 4000$ sur mon compte.
Voila plus ou moins le recit de mes aventures et la raison de mon silence ; et non je ne suis pas mort mais finalement c'est par chance. J'ai bien d'autre choses a raconter mais qui sont d'un autre registre. On verra ca plus tard.
Bisous!
dimanche 2 décembre 2007
Lundi 3 decembre


Alors voila comme promis quelques photos.. Je dis bien quelques parce que je n'ai pas encore trouver le moyen de foutre les photos de mon portable sur l'ordi.
Voila Sam donc, qui est ma prof d'anglais officielle de Sydney, une nana ultra sympa que je quitte malheureusement vu que je pars aujourd'hui pour Bayron Bay.
Ces derniers jours, j'ai eu une vie mouvemente. Apres mon dernier message, j'ai arrete comme je l'ai dit de payer le backpacker, en me disant qu'il faisait assez bon pour aller dormir dehors, pres de l'ocean, sur quelques rochers acceuillant. J'ai en fait ete contraint de rentrer en plein milieu de la nuit parce qu'il s'est mit a pleuvoir a torrent (de tte facon j'arrivais pas a dormir).
Je me suis donc cale dans la salle tele, en esperant trouver un peu de repos mais rien a faire, chaque fois que je commencais a m'endormir, des cons d'allemands s'amusaient e m'envoyer des poufs dans la gueule.. J'ai donc decider d'aller manger un morceau (deja 6heures), et c'est dans la cuisine que j'ai rencontre mon sauveur. Un francais cool qui allait bosser m'a filer son pieu.
J'ai finalement decider de reprendre une chambre.
Le lendemain j'ai rencontre deux espagnols ultra cool qui voulaient acheter une caisse et se barrer dans le nord. J'ai sympathise avec eux et me voila parti pour quelques journees de road trip et camping jusqu'a bayron bay.
Samedi soir je suis sorti jusque tres tard, et vu que j'avais peu dormi la nuit d'avant, j'avais decider de pas me lever avant tres tard le dimanche. Vers 16 heures, kobi m'appelle et me demande si je veux bosser.. J'accepte evidement, et je me retrouve entrain d'aider a l'organisation d'une private party d'un bar tendance. Donc pendant 2-3 heures, on decore avec des bouts d'aluminium, on empaquette quelques cadeaux, puis ; jusqu'a une heure du mat mon role etait de m'occuper des poubelles. Je n'avais donc STRICTEMENT rien a faire, 3 voyages en tout, et j'ai donc fait la fete avec tout le monde.
Il faut imaginer des serveuses adorablement mignone qui s'approche en te demandant si tu veux une coupe de champagne ou un cocktails, tout a volonte, que ce soit alcool ou petits mets delicats.
J'ai donc touche 150 dollards pour faire la fete, ce qui met de bonne humeur.
La je suis dans un centre commercial, les pcs sont au milieu du hall ce qui explique mon style decousu. La fatigue et l'excitation en prime.
Je vous laisse ; hier j'avais une idee qui me trotait dans la tete : peux t on jouir seul? Je vous donnerai mon avis la prochaine fois, je suis pas vraiment en etat de reflechir xD
BISOUS
mercredi 28 novembre 2007
29/11/07
Je suis toujours coince a Sydney. J'attend avec impatience de pouvoir partir vers le nord mais je suis oblige d'attendre de recevoir les papiers indispensable a mon périple, c'est a dire mon taxe file numbers, assurance vie et autres merdes.
En attendant, mon pécule inexorablement descend puisque je ne trouve des boulots que ponctuellement. Evidement, je n'irai pas dire que toute l'energie dont je dispose sert a la noble cause qu'est la survie par le travail, mais j'en dépense déjà plus que d'habitude, et, ici il fait chaud, et donc manger, marcher (de la plage aux backpacker, du backpacker a la plage) et même dormir consomme beaucoup plus de calorie qu'en France, sachez le.
J'ai donc pris la décision de ne plus payer l'hôtel ; je connais maintenant assez de monde pour squatter des chambres et puis dormir a l'arrache. J'ai aussi un plan dans une caisse, sur un siège à l'avant, ce qui n'est pas la joie pour mon dos mais on fait ce qu'on peut.
Bon ne vous alarmez pas, j'ai encore les moyens de me payer un petit mois de pension, mais chaque nuit que je paye dans cet hôtel m'éloigne un peu plus de mon but. Alors pourquoi payer puisque ma survie n'en dépend pas? -deviendrai-je radin?-
C'est marrant, j'ai l'impression que je suis parti de France depuis une éternité, voir que je n'y ai jamais vécu ; les souvenirs sont impalpables ; myriades de sensations et d'émotions qui créent un décor vaste et précis de mon passe, mais qui s'évaporent si je cherche a m'y plonger, comme si j'avais souffle sur un vieux parquet plein de poussière.
C’est que chez nous j’ai toujours l’impression d’être entoure d’un film de cellophane, comme si notre vie n’avait pas de réelle saveur, faute de but. J’ai d’ailleurs eu cette discussion pas mal de fois en France, notamment avec Jimini la croquette :D
En Israël ils n’ont pas ce problème. J’ai parle pendant de long moment avec une israélienne qui me racontait leurs mode de vie. C’est comme s’ils ne vivaient pas sur la même planète que nous, et même si je n’irai pas dire que j’envie leur mode de vie, puisqu’ils fréquentent la souffrance et une urgence qui nous est inconnu, ils se sont construits sur une réalité qui leur rappelle sans arrêt leurs conditions ; des contraintes, des choix et des décisions dont ne dépendent pas simplement leur intérêt personnel.
En même temps, je parle de ceux que j’ai pu fréquenter, je n’irai pas faire des généralités sur un peuple ; il n’empêche qu’ils ont quelque chose de plus attache a la vie que nous ; un but commun (ce que j’ai voulu exprimer dans mon dernier texte, mais après relecture j’ai trouve que les liens entre le sentiment de l’existence et la communauté pouvais rester assez obscure, c’est que j’ai saute pas mal d’étapes, c’est pas facile d’écrire ici:()
Voila pour aujourd'hui, la prochaine fois, des photos, promis.
Bisous!
ps: vous avez le droit de poster des commentaires, je me sens un peu seul sur mon blog..
dimanche 25 novembre 2007
Lundi 26 novembre
Depuis quelques temps maintenant, je m'interroge sur ce qu'est l'existence. J'ai decide aujourd'hui que je pouvais, compte tenu du point ou j'en suis aujourd'hui, m'exprimer sur des points qui m'apparaissent comme essentiels.
Je frequente de plus en plus d'israeliens, j'aime leur culture et leur facon d'etre : chez eux pas de faux semblant ; les formules dites de politesses ou conventionnelles qui n'ont chez nous d'autres utilites que de souligner l'hypocrisie et l'individualisme n'ont pas court. Quand tu n'en as rien a battre de quelqu'un tu ne lui demandes pas s'il va bien. Cette maniere d'etre peut paraitre rude aux premiers abords, et pourtant ils sont un des rares peuples ou le tissu social reste fort - traditions qui resistent aux assauts du capitalisme. Qui eussent cru que je serai un jour pour un retour a la tradition ; c'est que j'ai recemment compris que le devenir de l'homme est dans la communauté.
Pendant longtemps j'ai pense que la noblesse residait dans l'autosuffisance, qu'il fallait pour s' élever a un degre superieur de l'existence, s'instuire et creer son propre et unique systeme de pensee ; ainsi j'aurai pu atteindre une forme d'absolu. Mais cette quete m'est apparu il y a peu comme absurde, artificielle, quand je me suis apercu que le sentiment d'existence, n'etait en realite qu'un sentiment qui n'etait en rien un immuable, un a priori, mais une simple cause, produite par la possibilite de la conscience a faire retour sur elle-meme. En en prenant conscience, j'ai eu la forte impression de retomber en plein dans l'absurde ; un skieur recherchant toujours plus de sensations, d'adrenaline. Un fou se trompant lui meme, perdu dans les faux semblants d'une emotion, illusion d'une possible immortalite.
A vrai dire je ne suis pas encore tout a fait sorti de ce paradoxe, mais un changement de voie s'impose. Je n'expose pas d'ailleurs les meandres de ma vie interieur dans le simple but de trouver un autre moyen d'exister. C'est que je crois que d'une maniere ou d'une autre nous sommes tous plus ou moins pris dans ces travers, et que peut etre mon experience pourrait etre profitable.
En France, et dans les pays occidentaux en general, on peut dire sans trop se mouiller que la cohesion sociale a ete dissoute par l'expansion du capitalisme, qui ne peut coexister avec une morale - pas de morale sans communauté - trop forte puisqu'elle entraverait obligatoirement les desirs et donc la consommation. Les "puissants" ont donc beau jeu d'encourager la jeunesse a de jolies slogan a la "carpe diem", a l'hedonisme incontrole, a la propagande individualiste - mode, objets, que kundera appelle "attribut du moi"- qui nous rendent accrocs aux sensations facilement acquisent ; dont celle d'exister.
Je crois tres sincerement, et j'en ai pris conscience depuis peu, que l'existence est lie au devenir, devenir qui lui meme est un correlat au sens ; sens qu'il est difficile, voir impossible de trouver en dehors d'une communauté ; dans notre cas, la communauté humaine, nous.
Ce que j'entend par sens et par communaute, n'est en fait rien d'autre que de trouver un but commun a notre espece. Si l'on s'interesse un peu a l'histoire de la philosophie, on s'appercoit que de tous les temps des gens se sont interroges et on pense en commun, cherchant a aller de l'avant, tendant vers un but qu'il nous faudrait peut etre redecouvrir aujourd'hui.
J'aurai beaucoup de choses a rajouter ; je ne peux pour le moment que synthetiser par manque de temps et de moyens. J'espere tout de meme avoir ete clair, c'est que j'ai l'elipse facile. Il s'agit en tout cas pour moi, d'une des plus importantes revelations que j'ai eu jusqu'a aujourd'hui ; sans rapport direct avec l'Australie, mais je ne vais pas non plus vous raconter tous les jours que le soleil brille, que la plage est toujours aussi bondee et que je suis presque marron, que je me balade dans les rues avec mon surf en me la petant grave, et que depuis hier j'ai une nana trop mignonne :D
Je prefere vous dire que nous les jeunes, on a du boulot, une revolution a mener mais avant il faut penser, parce qu'on nous a trop longtemps fait croire a l'ecole qu'on avait atteind une forme de societe ideale, que la propagande et la corruption existent toujours autant, et qu'on a donc nombre de choses a realiser pour notre bien.
Bref, j'ai la flemme de relire, mes excuses habituelles pour les fautes et les points obscurs ; je vous promets, un jour, je corrigerai.
Bisous!
ps : photos incomming
mardi 20 novembre 2007
Tu 20 novembre
J’ai eu du mal au debut a investir le lieu. En ouvrant la porte la premiere fois, j’ai d’abord pu contempler un icomensurable bordel ; vetements eparpilles, bouteilles vides et tout un tas de trucs invraisembables. Ce n’est pas que je sois specialement branche sur la proprete et le rangement, mais trouver ses marques dans un bordel qui n’est pas le sien est difficile. J’ai donc ete des le debut assez mefiant, et meme carrement froid avec mes roomates, surtout apres que pendant quelques nuits, ils m’aient empecher de dormir, soit par leurs ronflements intempestifs ou tout simplement parce qu’en rentrant ivre mort en plein milieu de la nuit ils oubliaient de ne pas allumer la lumiere et de parler tres fort.
La seule personne de ma chambree avec qui je me suis dessuite bien entendu, etait ce juif etrange, un gars lunatique qui m’a pris d’affection, sans que je sache trop pourquoi puisqu’apparement on a tres peu de choses en commun. La plupart du temps il ne comprend rien a ce que je raconte, mais il me regarde en rigolant. Il me fait vraiment delirer. Parfois il est sombre pendant toute une journee, puis le soir il se reveille, et il entame quelque discussions enflammes. Ce que j’admire chez de mec, c’est qu’il sait faire des choses avec ses mains. Il ne connait pas la vie comme moi, mais lui, il y vit. Ses choix et ses decisions sont dictees par son coeur, et c’est une forme de simplicite que je (re)decouvre, et qui donne une profondeur que je ne comprends pas vraiment.
Finalement, une nuit, alors que le grand et costaud danois avait ramene une nana (tres moche) dans la chambre, et qu’ils y parlaient comme si c’etaient chez eux, j’ai gueule (fort). Du coup, cette nuit j’ai bien dormi, et puis le grand danois devait se sentir un peu honteux parce qu’il m’a evite pendant 2-3 jours avant de me proposer son ipod.
L’irlandais pendant les 4 premiers jours, je n’ai jamais vu que son crane gras et ses jambes blanches et poilues, puisqu’il dormait – tout le tps. Je sais, c’est pas croyable, mais si. Un jour, il s’est reveille et puis il est parti. En fait, je crois que depuis, il n’a toujours pas dormi puisque ses affaires sont toujours la.
Le bresilien est aussi un personnage difficilement cernable. Je ne sais pas si c’est la barriere de la langue ou l’air de l’Australie, mais dans ma chambre, ils sont comme ca. Il est d’une incroyable gentillesse et generosite, et me donne l’air completement peaume. Peaume depuis 30 ans et pourtant pas un brin de mechancete n’emane de lui. On dirait un gentil gamin. Il bosse dans un chantier, et quand je le vois dans ma chambre entrain de chercher ses pompes ou son short pose sur son epaule je ne peux pas m’empecher de me marrer tellement je ne peux pas l’imaginer une pelle a la main.
Reste le dernier des danois, le plus petit des deux ; tete d’ange, blondinet a peine pubere et calme – le seul qui ne ronfle pas, mais un brin coquin. Ils sont marrants, avec son grand pote ils se sont fait le meme tatouage sur le bras, des etoiles de couleurs differentes. C’est un peu kitch mais je connais pas vraiment les gouts danois.
Tout ca pour dire qu’au final, j’ai pas change de chambre. Je viens de payer pour une semaine de plus, avec l’argent que je ne suis fais en bossant au black, pour 16$ de l’heure. Une grande aventure de 11heures, avec des patrons qui m’ont fait pleurer de rire tellement ils etaient speciaux. Des genre de specimens qu’on ne croise que dans des films. Un petit boiteux trentenaire, qui nous hurlait dessus, nous insultait comme si on etait des soldats americains pre-vietnamm. J’ai appris pas mal d’insulte, la mieux de loin c’est fucking nuts - putain de noisettes - , et puis j’en ai oublie plein aussi. Le tout etait de ne pas le prendre au serieux, ce qui n’etait pas excessivement difficile.
Bref, apres cette dure journee, la fatigue se pointe et je m’en vais siroter une biere avec des frenchies que j’ai rencontre hier.
Bisous.
p.s : vous voulez pas vous cotiser pour m’aider a acheter ma ford falcon ? :o)
mercredi 14 novembre 2007
Jeudi 15 novembre
Je suis toujours dans le meme backpacker et il est probable que je vais y rester pendant un petit moment. Tout se passe a merveille ici. Il n'est pas vraiment difficile de s'habituer au mode de vie australien. C'est comme si le temps c'etait arrete. Plus d'urgence, l'avenir se resume a de petits buts concrets, comme gagner un peu d'argent pour s'acheter une voiture, ou un surf. Le budjet bouffe est insignifiant. Tout le monde vit a l'arrache, se tape 1/2 heure de marche a pied pour aller s'acheter 3kilos de pattes et quelques aromes. Ceux qui sont la depuis un petit moment ont une caisse et stock tout ce qu'il leur faut pour vivre dans leur voiture. Quand ils n'ont plus d'argent, ils reviennent vers les backpakers autour desquelles tournent toutes les demandes d'embauches.
La plupart sont de petits taff pour la journee, paye au black. Il faut se lever tot pour etre sur d'avoir quelque chose. Ce qui pour moi n'est pas vraiment un probleme, puisque j'entretiens mon "jet lag" en me couchant tot et en me reveillant a 6 heures du mat.
Hier je me suis fais 60$ en bossant 3heures et demi, soit environ 40 euros. Avec de la chance on peut se faire 150$ dans la journee. Donc en 1 bonne journee, on est loge pour la semaine dans un backpaker, en moyenne, pour un dortoir il faut compter 150$ la semaine - avec douche, cuisine pour faire la bouffe, lave linge etc -.
Je suis donc parti pour economiser et m'acheter une caisse. On peut en trouver de vraiment pas cher pour 2000 ou 2500$. Donc avec un budjet bouffe serre et des efforts sur la clop et l'alcool -ici c'est super cher-, j'espere avoir ma caisse dans 1 mois et demi.
Apres quand je l'aurai, c'est parti pour aller visiter l'Australie. L'essence est moins cher qu'en France ; il faut compter 100-150$ pour faire plus de 1000 bornes, donc a deux c'est relativement pas cher.
Voila pour mes previsions a court termes. J'ai pas encore pu visiter grand chose a part Bondi beach. J'essaye de resoudre au plus vite tous les trucs administratifs. En fait il n'y en a pas tant que ca mais c'est pas facile de comprendre ce qu'on est sense faire avec des types qui parlent avec un accent et un debit qui les rends difficilement comprehensible. Et on a beau essaye de leur faire comprendre qu'on comprend pas, ils s'excusent, ralentissent 1/4 de seconde et recommence a piailler dans le vent.
Sinon un danger qui n'est pas marque dans les guides et qui a failli me tuer 2 ou 3x au moins, c'est de traverses les routes. Lobotomise que je suis, je traverse assez souvent en regardant a gauche alors que les voitures arrivent a toute vitesse de l'autre cote. Du coup, je reste scotche au troitoir en tournant ma tete dans tous les sens avant d'oser poser un pied sur le bitume.
Bref, je n'ai surement pas tout dit, mais je ne vois rien de specialement palpitant a rajouter. Les acces internet ici ne sont pas donnes, 5$ pour 1h et demi, donc je ne peux pas vraiment prendre le temps de reflechir. Ca me donne une excuse pour les fautes :o
Bisous tlm, a bientot
lundi 12 novembre 2007
Mardi 12/11
Il est 9h10 ici, et donc comme j'ai 10 heures d'avance sur vous, vous etes encore lundi 11, et votre montre affiche 23h et des brouettes.
Le voyage c'est bien passe, sauf que j'aurai du m'en douter je n'ai pas ferme l'oeil de la "nuit" -du voyage-. Je suis donc arrive a sydney dans la confusion, assomme par un soleil un tantinet agressif, et je dois bien l'avouer, completement peaume.
Les choses sont toujours differentes de la maniere dont on se les imagine. En premier lieu, ce n'etait pas l'excitation de la decouverte d'un pays immense et inconnu, et je n'ai pas vraiment percu les myriades de possibilites s'ouvrant a moi. J'ai juste eu vraiment peur, oppresse par cette ville gigantesque d'ou je n'avais aucune idee de ce que j'allais pouvoir y faire, ni d'ou j'allai y dormir. Bref, le premier jour a vraiment ete difficile.
J'ai errer, trainant ma fatigue, pour finalement rencontrer quelques suisses-allemands avec qui j'ai passe la journee ; sur la plage, a reflechir a la maniere dont j'allais m'organiser, et surtout a me demander si je trouvais une colloc immediatement, m'installer un moment a sydney et y trouver un taff, ou plutot partir sur les routes et bosser de temps a autre.
Bien que la 2eme option soit bien plus attrayante, puisque je ne voudrai pas me retrouver dans une routine a la francaise, je pense pendant un premier temps, m'installer a Sydney. Il est bon d'avoir une adresse et un chez soi le temps de s'implanter, de resoudre tous les petits tracas administratif, et de voir un peu comment se passent les choses.
Pour le moment, je suis dans un backpackers en face de la plage, dans une chambre de 6. On peut pas dire que l'hotel soit vide. J'ai deja rencontre pas mal d'etranger et si mon anglais n'est pas encore au point, j'arrive assez facilement a me faire comprendre.
D'ailleurs, apres 12 heures de sommeil, j'ai repris du poil de la bete. Si je suis encore inquiet, j'ai deja rencontre pas mal de gens sympa et mon optimisme reprend le dessus. Je m'en vais d'ici peu visiter la ville en compagnie d'un fort sympathique allemand qui m'a aimablement propose de me faire visiter les endroits sympas de sydney.
Je vous laisse, pour le moment.
Bisous, vous me manquez saligauds.. Pierre.
mercredi 3 octobre 2007
L'inefficacité au coeur du capitalisme??
Dans cette gestion politique du vivant que Foucault appelle « biopolitique », les résultats de l’incitation à la libre inconséquence ne se feront pas attendre. Les gaspillage individuels, multipliés par le nombre de gaspilleurs, atteignent des totaux impressionnants. Plus de la moitié des trajets effectués en ville au volant d’une voiture couvrent une distance inférieure à 2 km, or, un véhicule n’atteignant sa consommation normale qu’après 5 km, on peut évaluer la perte à 1,5 milliards de litres de carburant. Les 165 milliards de kw/h consommés par les Français pour leur éclairage correspondent à la production de deux centrales nucléaires de 13 000 mégawatts. Une seule suffirait si les foyers étaient équipés d’ampoules moins voraces. Un robinet qui goutte équivaut au moins à 35 000 litres annuels, soit la consommation de cinquante personnes pendant trois ans dans la savane africaine. A ce type de comparaison, sachant par exemple qu’il faut près de 200 litres pour prendre un bain et 11 litres à une chasse d’eau pour évacuer un flacon d’urine dans une cuvette de W-C, on pourra s’adonner à d’effarants calculs. De tels chiffres pourraient être avancés pour nos actions quotidiennes les plus apparemment anodines.
La question « que puis-je faire ? » prélude déjà à l’aveu d’impuissance, tant il est vrai que, désemparés par l’ampleur du monde, où tout se joue sans nous, nous paraissons quantité microscopique et franchement négligeable au pied des forteresses industrielles, juridiques, étatiques. Mais si notre influences personnelle sur le cours des choses peut être tenu pour nulle, nous restons tout-puissants sur la façon dont ce cours nous traverse, ou sur notre faculté de lui rester imperméable. Les fabricants qui nous inondent d’objets inutiles et de nouveautés facultatives ne persévéreraient pas longtemps s’il n’existait un marché pour la pacotille que les clients approuvent par leurs achats. La propagande économique nous a formés au chacun-pour-soi, voire au chacun-contre-tous, et, après avoir changé notre responsabilité en pouvoir d’achat, elle nous presse de renier pour quelques sous ce à quoi nous croyons. En plaçant le consommateur au cœur de son mécanisme, l’autorité marchande lui donne aussi le moyen d’aiguiser son choix en arme d’un contre-pouvoir, de refuser ce qu’il réprouve, d’encourager ce qu’il défend, de se priver de l’inadmissible, et de passer du statut de rouage à celui de grain de sable.
La notion de citoyenneté évolue. Le citoyen d’Athènes n’est pas citoyen de la Révolution française, qui n’est plus le citoyen d’aujourd’hui. L’écocitoyen, sans négliger les relations que l’homme entretient avec la société, s’attache à la nécessité pour l’individu d’avoir des gestes et un comportement responsables par rapport au lieu où il vit aussi bien qu’à l’égard de ses semblables. Et voici que cet individu si souvent séparé des autres et de lui même, fragmenté par le pouvoir consumériste, invité à se nourrir, à s’habiller, à vivre contre ses principes fondamentaux comme un animal dressé contre son instinct, peut s’engager tout entier dans ses choix, ses gestes et ses actes, trouver en lui de quoi se réunifier, pour affirmer haut et fort la cohérence qu’on lui dispute ou qu’on lui interdit, reconquérir ce que Rousseau appelle « l’inaliénable souveraineté individuelle », et y gagner ainsi sa réconciliation.
L’homo consummator porte en lui même la sentence d’un homo ethicus.
Armand Farrachi
dimanche 23 septembre 2007
Lettre de motiv'
Monsieur,
Depuis que j'ai 5 ans je rêve d'entrer dans la vie active. En effet, si j'ai tenu jusqu'a 22 ans avant de fournir a la société toute l'énergie vitale dont je dispose, c'était simplement parce que ma volonté de bien faire, mon esprit perfectionniste m'a conduit à étudier afin d'être ultra productif.
Mon ambition n'ayant d'égale que ma bonne volonté, je sais monsieur, que vous serez ravi de m'avoir en tant qu'employé, puisque non seulement les 4 premiers mois je ne demande aucun salaire, mais en plus je tiens à travailler environ 80 heures/semaine.
Je sais que vous pourriez être sceptique quant à ma capacité à tenir de si long mois sans rémunération, mais après une longue réflection j'en suis venu à une conclusion qui m'apparaît comme pertinente : Sachant qu'un employé de votre entreprise travaille environ 20 heures, je serai déjà 4 fois plus présent. En tenant compte du fait de ma physiologie, allié à ma volonté et de mon savoir faire, je suis également 4 fois plus productif que le meilleur de vos employé actuel. Le calcul est simple, vous aurez en m'embauchant gratuitement l'équivalent de 16 employés, ce qui, vous imaginez, vous fera faire de sérieuses économies. Au bout de 4 mois, je serai devenu incontournable dans votre société, à tel point que vous n'aurez d'autre choix que de me prendre comme adjoint.
En espérant monsieur, vous avoir convaincu, je vous prie de de considérer mon anus à votre entière disposition.
dimanche 9 septembre 2007
L'imagologie

Voici encore un extrait de ce cher Kundera. Je dois dire qu'il est riche d'enseignement. Un passage un peu long, mais que je vous conseille de lire.
Il est évident qu'il ne faut pas gober tout ce que raconte ce cher Milan d'une traite, et qu'étant l'extrait d'un roman plutôt dense, qu'il s'est amusé à constuire de manière à ce qu'on ne puisse pas le résumer, on ne peut comprendre que partiellement la vision qu'il dépeint de notre monde post-moderne. Mais qu'il ait tort ou raison, que ses exemples touchent ou pas, elle amorce une réflexion, qui n'est pas d'ailleurs sans rappeller Guy Debord et sa société du spectacle.
Bonne lecture.
L'imagologie
L'homme politique dépend du journaliste. Mais de qui dépendent les journalistes ? De ceux qui les paient. Et ceux qui les paient, ce sont les agences de publicité qui achètent pour leurs annonces des espaces dans les journaux, ou des temps à la radio. A première vue, on pourrait croire qu'elles s'adresseront sans hésiter à tous les journaux dont la large diffusion peut promouvoir la vente d'un produit. Mais c'est une idée naïve. La vente du produit a moins d'importance qu'on ne le pense. Il suffit de considérer ce qui se passe dans les pays communistes : après tout, on ne saurait affirmer que les millions d'affiches de Lénine partout collées sur votre passage puissent vous rendre Lénine plus cher. Les agences de publicité du parti communiste (les fameuses sections d'agitation et propagande) on depuis longtemps oublié leur finalité pratique (faire aimer le système communiste) et sont devenues leur propre fin : elles ont créer un langage, des formules, une esthétique (les chefs de ces agences ont jadis été les maîtres absolu de l'art de leur pays), un style de vie particulier qu'elles ont ensuite développé, lancé et imposé aux pauvres peuples.
M'objecterez-vous que publicité et propagande n'ont pas de rapport entre elles, l'une étant au service du marché et l'autre de l'idéologie? Vous ne comprenez rien. Voilà cent ans à peu près, en Russie, les marxistes persécutés formaient de petits cercles clandestins où l'on étudiait en commune le manifeste de Marx ; ils ont simplifié le contenu de cette idéologie pour le répandre dans d'autres cercles dont les membres, simplifiant à leur tour cette simplification du simple, l'ont transmise et propagée jusqu'au moment où le marxisme, connu et puissant sur toute la planète, s'est trouvé réduit à une collection de six ou sept slogans si chétivement liés ensemble qu'on peut difficilement le tenir pour une idéologie. Et comme tout ce qui est resté de Marx ne forme plus aucun système d'idées logiques, mais seulement une suite d'images et d'emblèmes suggestifs (l'ouvrier qui sourit en tenant son marteau, le Blanc tendant la main au Jaune et au Noir, la colombe de la paix prenant son envol, etc.), on peut à juste titre parler d'une transformation progressive, générale et planétaire de l'idéologie en imagologie.
Imagologie ! Qui, le premier, a forgé ce magistral néologisme ? [...] N'importe. Ce qui compte, c'est qu'existe enfin un mot qui permette de rassembler sous un seul toit des phénomènes aux appellations si différentes : agences publicitaires ; conseiller en communication des hommes d'état ; dessinateurs projetant la ligne d'une nouvelle voiture ou l'équipement d'une salle de gymnastique ; créateurs de mode et grands couturiers ; coiffeurs ; stars du show business dictant les normes de la beauté physique, dont s'inspireront toutes les branches de l'imagologie.
Les imagologues existaient, bien entendu avant la création des puissantes institutions qu'on connaît aujourd'hui. Même Hitler a eu son imagologue personnel qui, planté devant le Führer, lui montrait patiement les gestes qu'il devait effectuer à la tribune pour susciter l'extase des foules. Mais si cet imagologue, au cours d'une interview accordée à quelque journaliste, avait décrit aux Allemands un führer incapable de bouger ses mains correctement, il n'aurait pas survécu plus d'une demi-journée à pareille indiscrétion. Aujourd'hui, l'imagologue ne dissimule pas son travail, il adore au contraire en parler, souvent aux lieu et place de son homme d'Etat ; il adore expliquer publiquement tout ce qu'il a essayé d'enseigner à son client, les mauvaises habitudes qu'il lui a fait perdre, les instructions qu'il lui a données, les slogans et les formules qu'il utilisera à l'avenir, la couleur de la cravate qu'il portera. Tant de fierté n'a rien qui doivent nous surprendre : l'imagologie a remporté, au cours des dernières décennies, une victoire historique sur l'idéologie.
Toutes les idéologies ont été vaincues : leurs dogmes ont fini par être démasqués comme illusions et les gens ont cessé de les prendre au sérieux. Par exemple, les communistes ont cru que l'évolution du capitalisme appauvrirait de plus en plus le prolétariat ; découvrant un jour que tous les ouvriers d'Europe se rendaient en voiture à leur travail, ils eurent envie de crier que la réalité avait triché. La réalité était plus forte que l'idéologie. Et c'est précisément en ce sens là que l'imagologie l'a dépassé : l'imagologie est plus forte que la réalité, laquelle d'ailleurs a depuis longtemps cessé de représenter pour l'homme ce qu'elle représentait pour ma grand-mère qui vivait dans un village morave et savait tout par expérience : comment on cuit le pain, comment on bâtit une maison, comment on tue le cochon et comment on en fait de la viande fumée, avec quoi on confectionne des édredons, ce que monsieur le curé pensait du monde et ce qu'en pensait monsieur l'instituteur ; rencontrant chaque jour tous les habitants du village, elle savait combien de meurtres avaient été commis depuis 10 ans dans la région ; elle tenait pour ainsi dire la réalité sous son contrôle personnel, de sorte que nul n'aurait pu lui faire croire que l'agriculture morave prospérait s'il n'y avait pas eu de quoi manger à la maison. A Paris, mon voisin de palier passe le plus clair de son temps assis à son bureau, en face d'un autre employé, puis il rentre à la maison, allume le téléviseur pour apprendre ce qui se passe dans le monde, et quand le présentateur, commentant le dernier sondage, l'informe que pour une majorité de Français, le France est championne d'Europe en matière de sécurité (j'ai récement lu ce sondage-là), fou de joie, il ouvre une bouteille de champagne et il n'apprendra jamais que le même jour, dans sa propre rue, ont été commis trois cambriolages et deux meutres.
Les sondages d'opinion sont l'instrument décisif du pouvoir imagologique, auquel ils permettent de vivre en parfaite harmonie avec le peuple. L'imagologue bombarde les gens de questions : comment se porte l'économie Française ? Y' a-t-il du racisme en France ? Le racisme est-il une bonne ou une mauvaise chose ? Quel est le plus grand écrivain de tous les temps ? La Hongrie est-elle en Europe ou en Polynésie ? De tous les hommes d'Etat du monde, lequel est le plus sexy ? Comme la réalité, aujourd'hui, est une continent qu'on visite peu et qu'à juste titre d'ailleurs on n'aime guère, le sondage est devenu une sorte de réalité supérieure ; ou pour le dire autrement, il est devenu la vérité. Le sondage d'opinion, c'est un parlement siégeant en permanence, qui a pour mission de produire la vérité, disons même la vérité la plus démocratique qu'on ait jamais connue. Comme il ne se trouvera jamais en contradiction avec le parlement de la vérité, le pouvoir des imagologues vivra toujours dans le vrai, et même si je sais que toute chose humaine est périssable, je ne saurais imaginer quelle force pourrait briser ce pouvoir.
A propos du rapport entre idéologie et imagologie, j'ajoute encore ceci : les idéologies étaient comme d'immenses roues, tournant en coulisse et déclanchant les guerres, les révolutions, les réformes. Les roues imagologiques tournent aussi, mais leur rotation n'a aucun effet sur l'Histoire. Les idéologies se faisaient la guerre et chacune était capable d'investir par sa pensée toute une époque. L'imagologie organise elle même l'alternance paisible de ses systèmes au rythme allègre des saisons. Comme dirait Paul (voir l'immortalité) : les idéologies appartenaient à l'Histoire, le règne de l'imagologie commence là ou l'Histoire finit.
Le mot changement, si cher à notre Europe, a pris un sens nouveau : il ne signifie plus une nouvelle phase dans une évolution continue (au sens d'un Vico, d'un Hegel ou d'un Marx), mais le déplacement d'un lieu à un autre, du côté gauche vers le côté droit, du côté droit vers l'arrière, de l'arrière vers le côté gauche (au sens des grands couturiers invantant la coupe de la prochaine saison). Dans le club que fréquente Agnès, si les imagologues avaient décidé d'installer aux murs d'immenses miroirs, ce n'était pas pour permettre aux gymnastes de mieux surveiller leurs exercices, mais parce que le miroir passait à ce moment-là pour un chiffre gagnant sur la roulette imagologique. Si tout le monde a décidé, au moment où j'écris ces lignes, qu'il faut considérer le philosophe Martin Heidegger comme un fumiste et un salaud, ce n'est pas que sa pensée ait été dépassée par d'autre philosophes, mais que, sur la roulette imagologique, il est devenu pour le moment le chiffre perdant, un anti-idéal. Les imagologues créent des systèmes d'idéaux et d'anti-idéaux, systèmes qui ne dureront guère et dont chacun sera bientôt remplacé par un autre, mais qui influent sur nos comportements, nos opinions politiques, nos goûts esthétiques, sur la couleur des tapis du salon comme sur le choix des livres, avec autant de force que les anciens systèmes des idéologues.
Après ses remarques, je peux en revenir au début de mes reflexions. L'homme politique dépend du journaliste. Et les journalistes dépendent de qui ? Des imagologues. L'imagologues est une homme à conviction et à principes : il exige du journaliste que son journal (ou sa chaîne de télévision, ou sa station de radio) répondre à l'esprit du système imagologique d'un moment donné. Voilà ce que les imagologues vérifient de temps en temps, quand ils décident d'accorder ou non leur soutien à un journal [...]